Les Ânes de Nègremont

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La belle histoire

 Il y a quelques années, à la veille des fêtes de Noël, au détour d’une petite route de Provence je les ai vus, tous les quatre serrés, osseux, le dos rond mais la tête fièrement relevée oreilles dressées et mobiles…comme en attente d’un murmure réconfortant.
Là, au milieu de chevaux malingres au regard triste et si hagard, ils déambulent dans un espace restreint et boueux sans aucune herbe ; pas de quoi caracoler, juste un abreuvoir pour tous et un ballot de foin. C’est terrifiant d’être confrontée de plein fouet à tant de détresse animale dans un paysage pourtant si serein.

Mon cœur s’arrête, le souffle coupé par une immense tristesse qui me submerge, puis il s’emballe au gré d’une soudaine et frénétique détermination à contrer une lente agonie offerte à qui veut bien la regarder car défile bien sous mes yeux le spectacle accablant d’une aire antichambre de l’abattoir ! Je vais remuer ciel et terre, ces ânes là n’iront pas !
Tout s’enchaîne très vite…mais dans les larmes car je sais que je ne pourrai sauver tout le monde même chez les ânes.
Je dégote le maquignon et me lance alors dans une sévère négociation avec lui pour 2 ânes, ne sachant déjà pas où j’irai avec les bourricots.
Pour moi le pire reste à faire, choisir. J’entre dans ce qui sert de parc avec du pain dur. Ni âne ni cheval ni poney ne sait ce que c’est… ils goûtent pour certains. 
Je repartirai avec deux petites ânesses dont une me paraît attendre un petit et tellement maigre à la fois, impossible de la laisser là dans son état. J’apprendrai plus tard qu’en réalité son petit lui a été retiré ; peut être est elle réformée d’une entreprise de production de lait d’ânesse à des fins de fabrications diverses, n’en donnant plus assez. L’autre est venue vers moi… mais je l’ai arrachée à sa copine… cependant toutes deux sont extraites d’un passé douteux et un avenir « saucissonnesque ».
Elles ne connaissent ni le licol ni la longe mais elles plongent déjà leur regard implorant dans le mien et se laissant mener tremblantes hésitantes mais dociles. Je sens leur souffle inquiet et chaud dans mon cou, leurs têtes posées sur mon épaule pour les rassurer avant de monter dans le van.
Leur premier parc est offert par mon amie ânière de Rians « provenç’Ânes », grâce à laquelle j’ai tout appris sur les ânes. Cet accueil ne pourra perdurer au delà du temps nécessaire à leur convalescence, au maréchal ferrant et au vétérinaire d’intervenir et pour moi de procéder à leur incontournable identification aux haras nationaux (papiers et puces). Il faut remettre d’aplomb mes petites protégées !
Dans le même temps, je pars manu militari en croisade de quelques arpents de terre d’asile entre mer et collines de l’Esterel, où nous vivons à l’époque, pour mes rescapées de la mort. 
Il semblerait que ma démarche et leur histoire ait ému un de mes contacts qui me confirmera 3 mois plus tard sa réponse favorable à ma requête.

Mes deux étoiles portent dès lors et peut être pour la première fois de leur existence un nom : elles s’appellent « Véga et Ankaa »

Voici donc comment bizarrement et de manière si imprévisible mais acharnée je suis devenue subitement la maîtresse de deux petits ânes gris de Provence, convertissant sans effort mon conjoint.

  

Une association nationale de sauvetage d’équidés contactée m’assure de son engagement à trouver des adoptants pour les ânes et chevaux restés sur place. De son côté, le marchand a su faire preuve d’une certaine sensibilité, retardant le délai de départ pour l’abattoir. Les 2 ânes ont été adoptés par une famille dans la foulée puis les chevaux dont certains ont été placés dans des refuges pour équidés.

Depuis, 6 autres petits ânes sont arrivés, les uns extraits de conditions de vie déplorables d’abandon d’autres placés chez nous par leurs propriétaires ne pouvant plus s’en occuper. Le plus âgé nous a quittés l’hiver dernier alors qu’un ânon voyait le jour.